Dans le numéro 20 des Inrockuptibles, daté de décembre 1989/janvier 1990, un certain Emmanuel Tellier avait pondu une chronique assez peu amène de l’album Bizarro, paru en octobre 1989. Après avoir glosé sur le fait que The Wedding Present pourrait n’être qu’une « rock’n roll swindle de plus pour les années 1980 » (regardez comme je parle bien anglais !), il s’ingéniait à descendre en flèche ce qu’il qualifiait de troisième album de la bande de Leeds (en fait le deuxième, Tommy n’étant qu’une compilation de singles), déplorant en vrac des « accords-mitraillettes », le son d’une autoproduction et une pochette dont même Michel Fugain (on se demande bien ce qu’il venait foutre là !) ne voudrait pas. En un mot, une chronique un peu flemmarde, dont le seul intérêt résidait finalement dans une comparaison - enfin un peu plus sympathique – entre le groupe et les Feelies. De quoi enfin réveiller le lecteur et flatter sa curiosité.
Un peu plus de 18 mois après Bizarro, David Gedge et sa bande offraient un démenti cinglant à l’hasardeuse prévision en entrant de plain-pied dans les années 1990 avec Seamonsters. Le son abrasif typique des enregistrements de Steve Albini – convié sur l’album après avoir réenregistré avec le groupe une version de Brassneck, le premier morceau de Bizarro, pour une version single en 1990 – sied ici parfaitement à la voix incisive de Gedge et à ces chansons taillés à même le rock, n’ayant que la peau sur les os, et pourtant si lumineuses. Le Wedding Present n’avait d’ailleurs pas fini de nous étonner, se lançant en 1992 dans cette baroque et magnifique idée de sortir et de faire entrer dans les charts anglais 12 singles (un par mois) au cours de l’année, réhabilitant au passage le format 45 tours et nous régalant de 12 chansons inédites assorties de 12 reprises en face B (ô, la belle version de Falling, thème de Twin Peaks, sur la livraison d’avril !).
Mais Seamonsters reste comme l’œuvre monumentale, l’incontournable acmé d’un groupe qui est parvenu vivant jusqu’à nous. Il vaut bien mieux le comparer à l’intransigeance de The Fall qu’à une quelconque escroquerie, ce qui est la traduction de ‘swindle’. Cela reste également comme une des productions emblématiques de la carrière du regretté Albini, donc une conclusion parfaite à cette semaine d’hommage que Fabio a eu l’extrême gentillesse de me confier.
Merci aussi pour ce magnifique projet qu'est Pixelized et caresse et bise à l'oeil à tous les Pixelosers, en tous cas à ceux qui ont la réf :)
Top #20 de la journée |
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