Évidemment, sa voix se suffit à elle-même, justifie, sublime même, le dépouillement : quand Elliott Smith pose son timbre frêle et à vif sur de délicats arpèges de guitare, on se tait et on écoute. Mais même en vénérant ses premiers albums, une partie de moi parfois se languissait d’entendre davantage sa voix percer sur des guitares plus électriques et lancinantes, comme il le fait trop rarement. L’alliance des félûres déchirantes de son chant et d’instrumentations plus abrasives me procure une vibration différente, mais presque aussi déchirante que ses plus beaux moments intimistes.
C’est pourquoi la découverte postérieure de Heatmiser a été comme un fantasme au long cours enfin réalisé : ce Mic City Sons permet à ceux qui fantasmaient tout un album de « Cupid’s Trick » ou de « Amity » d’exaucer leur vœu. Careful what you wish for, certes, sauf que dans le cas de cet album, le rêve est encore meilleur dans la réalité.
Enregistré à l’aube de son succès solo (nomination à l’Oscar de la meilleure chanson l’année suivante) et donc au moment de l’inévitable et amère séparation d’avec ses potes de composition (Neil Gust notamment, qui par ailleurs lui vole parfois la vedette au chant), ce disque crépusculaire laisse entrevoir comment le talent incommensurable d’un homme peut pourtant se trouver encore magnifié par un groupe. Le baroud d’honneur d’une amitié en débâcle, qui laissera ensuite Elliott courir seul vers une gloire élusive et à son destin tragique.
Genre: Rock| Top #20 de la journée |
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