Protomartyr vient de Détroit, et s’ils ne le rendaient pas suffisamment clair dans certains de leurs titres (Pontiac 87 par exemple), on l’entendrait de toute façon à l’âpre bruit de rouille et de décrépit qui se dégage de leurs compositions. La rugosité de leur musique contraste avec l’humanité désespérée des textes incroyablement littéraires du chanteur Joe Casey, sorte de dandy inversé et rêche qui cache son dégoût du capitalisme sous de grosses lunettes noires.
La musique sur cet album se trouve dans ce contraste entre appels vains mais dévoués à la solidarité (« she’s just trying to reach you » est le mantra qui ouvre et referme le disque) et tenace solitude, moments de foi et de renoncement : elle est à la fois monolithique et, je trouve, formidablement expressive et lyrique.
En définitive, je crois que c’est ce qui me plaît d’ailleurs le plus dans ce genre labile qu’on a nommé le post-punk : quand il est réussi, il existe à l’exact point de rencontre entre l’envie de gueuler sa colère et celle de se foutre en l’air, entre la catharsis et le désabusement, entre l’ironie la plus cynique et une sincérité à fleur de peau. Protomartyr a depuis 2012 et six albums garé sa Pontiac à ce point de rencontre, et y fait vrombir son moteur mieux que jamais sur ce Relatives In Descent hautement recommandé.
Genre: Post-punk| Top #20 de la journée |
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